« Send it » : d'où vient l'expression, et pourquoi on y ajoute « please »
« Send it », c'est le cri qu'on lance avant de sauter. Sa signification, son origine (un Canadien, une vieille motoneige, l'hiver 2017), et pourquoi le saut le plus difficile, au quotidien, tient souvent dans un seul bouton : Envoyer.

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Au bord d'un ponton, en haut d'une rampe, devant une bosse de neige un peu trop haute, quelqu'un crie : « Send it ! » Traduction libre : vas-y, ne réfléchis plus, envoie. Chez les ados et les jeunes adultes, l'expression est partout, des pistes de ski aux vidéos TikTok.
Elle a une histoire, et un héros improbable. Elle dit aussi quelque chose de très juste sur le moment où l'on s'engage, y compris quand le saut se résume à appuyer sur un bouton.
Que veut dire « send it » ?
La signification de « send it » tient en peu de mots : y aller à fond, sans hésiter. Le dictionnaire d'argot de Dictionary.com la décrit comme une phrase popularisée par une vidéo virale, employée avec humour quand on se lance dans une cascade audacieuse ou dangereuse (Dictionary.com (nouvel onglet)). Sur Urban Dictionary, la définition la mieux classée parle de foncer de tout son cœur en jetant la prudence aux orties (« whole heartily throwing caution to the wind », Urban Dictionary (nouvel onglet)).
Le mot vient de l'escalade. Un « send », c'est une voie gravie sans tomber ni se reposer. Toujours selon Dictionary.com, le terme serait né dans l'argot des grimpeurs dans les années 1990, avant de passer au snowboard, au ski, au VTT et au skate. Sa version poussée à l'extrême, « full send », apparaît dans les années 2010.
D'où vient le mème « I'm still gonna send it » ?
D'un jeune Canadien en jean et de sa vieille motoneige. On le connaît sous le nom de Larry Enticer, un surnom tiré du modèle de sa machine, une Yamaha Enticer (Racer X (nouvel onglet)). Il a grandi à la campagne, aux abords de Toronto, et ses vidéos de sauts sur une Yamaha de 1979 tournaient déjà en février 2017 (Vice (nouvel onglet)).
Le 1er mars 2017, il publie sur Facebook une nouvelle tentative de saut en motoneige. Il y lance la phrase qui va faire le tour du monde : « Are you guys silly? I'm still gonna send it! », à peu près « Vous rigolez ? Je vais quand même l'envoyer ! » (Know Your Meme (nouvel onglet)). Le saut se termine par une chute. Deux jours plus tard, une chaîne YouTube reprend la vidéo, qui dépasse les 6,7 millions de vues selon Know Your Meme. En juin, l'émission Tosh.0 lui consacre un passage. En juillet, le youtubeur Jake Paul lance à des journalistes « I'm still gonna flippin send it » avant de partir sur une moto, et la formule finit sa course dans le langage courant (Dictionary.com).
Larry n'a pas inventé « send it » : les grimpeurs le disaient avant lui, et Urban Dictionary en garde une définition datée de 2011. Mais c'est sa vidéo qui en a fait un cri de ralliement.
Une précision, et elle est sérieuse : dans cet article, le saut reste une image. Ne sautez pas n'importe où, ni d'un pont, ni d'une falaise, ni d'une rampe bricolée, et jamais pour une vidéo. Le seul saut que nous recommandons ici se fait assis, d'un doigt.
Ce que « send it » dit de l'engagement
Ce qui plaît dans « send it », ce n'est pas le saut. C'est l'instant juste avant, celui où l'on a fini de réfléchir. On a regardé l'élan, imaginé la réception, pesé le pour et le contre, et à un moment, il faut arrêter de peser. « Send it » marque ce basculement. Après, on ne revient plus en arrière, et c'est précisément ce qui soulage.
C'est aussi un cri qu'on lance pour quelqu'un d'autre. Les copains crient « send it » à celui qui hésite au bord de l'eau. Ils ne sautent pas à sa place. Ils lui donnent l'élan.
Les petits sauts du quotidien
Nos sauts à nous sont minuscules. L'avis d'impôt à transmettre pour un dossier de location. Le papier à signer pour la banque. Le formulaire de l'école, rempli à moitié, qui attend sur le frigo. La réponse à un mail, écrite, relue, et qui dort dans les brouillons.
Aucun n'est dangereux. Aucun n'est long. Et pourtant on les repousse, parfois des semaines. Ils ont tous la même forme : un doigt au-dessus du bouton Envoyer, et ce moment où il ne se passe rien. Ce n'est pas que ce soit difficile. C'est que c'est le dernier geste, celui qui engage : une fois parti, c'est parti.
Je le vois sur moi tous les jours. Mes emails de relance et mes réponses, ce sont mes assistants d'intelligence artificielle qui me les préparent. Il ne me reste qu'à les envoyer. Et parfois, je ne le fais même pas : par flemme, parce que ce n'est pas le bon moment, ou pour d'autres raisons encore. Le dernier clic, le « send it », c'est mon saut à moi.
Pourquoi ajouter « please » ?
Le jeu est simple : dès que quelqu'un dit « send it », on ajoute un mot devant. « Please send it. » Le cri d'élan devient une demande. On ne hurle plus « vas-y » à quelqu'un au bord du vide, on lui dit : s'il te plaît, envoie-le.
« Please » ajoute la politesse au courage. Et pour les sauts du quotidien, c'est souvent ce qui manque : pas une injonction de plus, mais une demande aimable, au bon moment, par le bon canal, qui revient sans s'énerver jusqu'à ce que le geste soit fait. Celui qui relance ne saute pas à la place de l'autre. Il fait comme les copains au bord de l'eau : il donne l'élan. Pour le ton de ces messages, voyez relancer quelqu'un sans être insistant ; pour le canal, comment aimez-vous être relancé ; et pour les mots exacts, nos six modèles de mail de relance.
Au fond, la signification de « send it » est là : la décision appartient à celui qui saute, mais l'élan peut venir d'ailleurs.
Et si ce n'était plus à moi de cliquer ?
Puisque c'est mon dernier clic qui bloque, l'idée est venue toute seule : ne plus en dépendre. Tout est programmé, c'est l'ordinateur qui envoie les relances, et moi, je sais que j'aurai mes réponses.
C'est ce que fait Please Send It : vous demandez des documents, et les relances partent seules, par email, SMS, courrier ou appel, jusqu'à ce que chacun ait envoyé sa pièce. Et c'est vers cela que nous allons maintenant : qu'à la fin, vous receviez par le canal de votre choix, un petit WhatsApp par exemple, un seul message, « C'est bon, tout le monde a répondu. »


